« Arrêtons l’Ecocide en Europe » : témoignage d’une citoyenne engagée

06/06/2013 - Interview - Charline Labuset
valerie cabanes

 

Valérie Cabanes est porte-parole de l'Initiative citoyenne européenne "Arrêtons l‘Ecocide en Europe". L’objectif de cette organisation est de faire des atteintes à l’environnement un crime pour lequel des sociétés et des personnes peuvent être jugées responsables selon le droit pénal et le principe de la responsabilité supérieure. Pour que la Commission européenne étudie cette proposition de loi, un million de citoyens doivent signer l’appel d’ "End Ecocide" ! La Fondation Nicolas Hulot a demandé à Valérie quelles étaient ces motivations à rejoindre cette belle dynamique. 

Pourquoi vous êtes vous engagée dans la démarche de mise en place d'une initiative citoyenne ?

Depuis 2006, je suis engagée dans des plaidoyers en faveur de populations autochtones victimes de projets industriels destructeurs de leur environnement et de leur modes de vie. Je pense en particulier aux projets de grands barrages dans deux espaces naturels vitaux pour nous tous, deux poumons verts de la planète : la forêt boréale et l'Amazonie.  Ayant auparavant oeuvré pendant 20 ans dans la solidarité internationale et les droits de l'homme, il m'apparaissait de plus en plus évident que la protection de l'environnement devait rejoindre le champ des droits de l'homme et être reconnue comme un droit inaliénable de l'humain, conditionnant son droit à la vie, à l'eau, à la santé, à l'alimentation, à la paix... 

En juin 2012, je fus informée d'une part d'une proposition de loi sur le crime d'écocide, à savoir la destruction d'écosystèmes, faite par une avocate anglaise, Polly Higgins ,auprès de la Commission du droit international des Nations Unies. L’objectif était d'amender le statut de Rome (constituant de la cour pénale internationale) et donner au crime d'écocide le statut de crime contre la Paix. D'autre part, je fus sollicitée par deux jeunes allemandes pour nous emparer ensemble d'un nouvel outil démocratique, l'initiative citoyenne européenne (ICE), imaginée par le Traité de Lisbonne, pour proposer un projet de loi inspiré de celui de Polly Higgins à la Commission européenne, afin que l'Europe se pose en leader sur le sujet et mette en place une législation plus contraignante disciplinant les entreprises et les Etats en matière de pollution environnementale et du non-respect du droit à la vie des humains, des autres êtres vivants et des générations futures. 

J'ai tout de suite rejoint l'initiative proposée car je crois au contre-pouvoir que représente les citoyens et à l'importance de redonner ses lettres de noblesse à la démocratie, la souveraineté populaire. Nous avons la possibilité de proposer du droit à l'union européenne, sans attendre que nos politiques aient le courage de le faire, et nous pouvons ainsi court-circuiter la pression des lobbies industriels sur nos représentants et redonner par cette loi la juste place que représentent les écosystèmes dans le maintien de la vie sur terre.

Pourriez-vous décrire la mise en place du comité et son fonctionnement ?

Nous nous sommes rencontrés physiquement la première fois fin août 2012, juste avant l'enregistrement officiel,  après deux mois de travail bénévole et d'échanges électroniques. Nous étions 9 au départ, presque tous de pays européens différents. Nous avons tout d'abord préparé le dossier d'enregistrement de l'ICE auprès de la commission en traduisant chacun dans notre langue le projet de loi et le texte explicatif. Nous avons déposé l'ICE le 27 août et avons été enregistré dès le 1er octobre. Parallèlement, nous avons constitué des pôles de compétence en affectant des rôles à chacun d'entre nous. 

Progressivement de nouvelles personnes nous ont rejoint permettant de répondre à de nouveaux besoins : création des logos et visuels de campagne, création d'un site web traduit en une quinzaine de langues, mise en place et sécurisation de la plateforme de signatures en coordination avec les techniciens de la Commission européenne (CE) et les serveurs du Luxembourg. Entre temps, il nous est apparu que le système de collecte de signatures proposé par la Commission n'était pas encore au point à l'automne, et que d'autres ICE en pâtissaient. Nous avons donc décidé de retirer notre ICE et de la déposer à nouveau en novembre pour repousser la date de lancement du compteur. 

Nous n'avons qu'un an pour récolter le million de signatures nécessaires quand l'ICE est enregistrée. La CE a accepté cette décision, ce qui nous a permis aussi de mieux préparer le lancement qui s'est tenu au Parlement européen et ce dès le lendemain de l'enregistrement officiel le 21 janvier 2013. Dès cette date, il a fallu lancer en parallèle une campagne de communication auprès des médias, créer des pages Facebook pour mobiliser les réseaux sociaux, mobiliser des partenaires associatifs comme la FNH en France, étoffer l'équipe afin de créer des coordinations nationales dans un maximum de pays, puis lancer des stratégies nationales et mobiliser des équipes de volontaires actifs dans chaque pays. Chaque pays trouve petit-à-petit son rythme, la France étant en tête. 

Il est important de préciser que tout ce qui a été fait et produit l'a été bénévolement. C'est la grande spécificité de cette ICE qui n'est issue d'aucune association, syndicat, parti politique et qui ne réunit que des citoyens de bonne volonté. Mais pour qu'elle atteigne son objectif, il est en revanche impératif qu'elle soit maintenant relayée par un maximum d'associations militantes, environnementales et des droits de l'homme.

Crédits photo : End Ecocide in Europe

© - Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme