Assises du développement : le retour de la Fondation Nicolas Hulot

01/03/2013 - Interview
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Les Assises du développement et de la solidarité internationale se clôturent vendredi 1er mars. Henri Rouillé d’Orfeuil, membre du bureau, et Sébastien Galy, responsable du pôle soutien à l’action, y ont représenté la Fondation. Ce dernier revient sur les orientations défendues. 

Pourquoi des Assises du développement et de la Solidarité internationale ?

Il s’agit d’une grande concertation portée par le Ministère des affaires étrangères et qui aura duré près de quatre mois, de novembre 2012 à mars 2013. ONG, syndicats, entreprises, fondations, collectivités territoriales, parlementaires,… Toutes les parties prenantes se sont réunies autour de la table afin de redéfinir la politique française d’aide au développement. Et c’est une bonne chose car les enjeux ont énormément évolué depuis 10 ans. A l’échelle internationale, la question cruciale du changement climatique a émergé et il faut désormais prendre en compte de nouveaux facteurs comme l’érosion de la biodiversité ou l’accaparement des terres.

De plus, de nouveaux acteurs sont entrés en scène, comme la Chine, les pays du Moyen-Orient,… La coopération ne se joue plus uniquement du Nord au Sud mais de façon multilatérale. En France aussi, les choses ont changé. Les collectivités territoriales ont davantage de responsabilités, grâce à la coopération décentralisée ainsi que les entreprises via leurs fondations par exemple. Enfin, les diasporas tiennent également un rôle de plus en plus prégnant. Si les personnes immigrées ont toujours envoyé de l’argent dans leur pays d’origine, cela se fait aujourd’hui de manière bien plus organisée, via des associations, et l’Etat appuie cela. Il est donc nécessaire de redistribuer les cartes.

La Fondation Nicolas Hulot porte deux propositions, dont la mise en place des Objectifs du Développement Durable (ODD). En quoi cela consiste-t-il ?

Parmi les cinq grands chantiers thématiques, la Fondation a contribué au premier, intitulé « Quelle vision du développement après 2015, horizon fixé par les Nations unies pour atteindre les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) ».  Dans cette logique, nous appuyons la mise en place des ODD, dans la continuité des OMD qui s’achèvent en 2015. Notre constat est de dire que les OMD ont montré leur limite et ne peuvent engager la transition écologique à l’échelle planétaire, principalement car ils sont avant tout guidés par une logique d’action sociale et uniquement orientés du Nord vers le Sud. Or, nous l’avons vu, la donne a changé. Les ODD doivent donc non seulement prendre en compte l’ensemble des composantes du développement durable mais également concerner tous les pays de la planète. Même si évidemment, la feuille de route n’est pas la même.

Autre volonté de la Fondation : davantage valoriser les « innovations nécessaires à la transition écologique »…

Là encore, le constat est simple : le milieu associatif n’a pour l’heure aucun moyen de valider et de capitaliser les bonnes pratiques et les expériences. Nous n’avons tout simplement pas d’outil de partage à l’échelle internationale. Il nous faut en créer un. Car, sur le terrain, la transition écologique est en marche. Par exemple, la Fondation suit actuellement un programme très porteur au Sahel, intitulé « La voûte nubienne ». Dans cette région d’Afrique, la question de l’habitat est très problématique. Du fait de la déforestation, le bois disparait et les alternatives proposées, comme l’utilisation de toitures de tôles, ne sont pas adaptées. Il s’agit donc de proposer un autre type d’habitat, ici des voûtes en terre crue, ne nécessitant que des ressources matérielles et humaines disponibles localement et durable.

L’utilisation de ce type de construction dans le domaine agricole, comme la conservation des semences et des productions, reste encore à valider. Mais il est tout à fait possible que les applications soient encore plus importantes qu’on ne l’imagine aujourd’hui. Ce type d’innovations pourrait être profitable pour l’ensemble de la zone sahélienne, si seulement les acteurs en avaient connaissance.

Au final, comment définiriez-vous l’ambiance générale de ces Assises ?

Ces phases de concertation ne sont pas une nouveauté et les sceptiques pourront toujours avancer que rien ne change vraiment, qu’il s’agit uniquement de réinventer l’eau chaude. Pour ma part, je dirai qu’il y a tout de même une satisfaction générale du côté des ONG à pouvoir réamorcer le dialogue avec le gouvernement.

De plus, comme je l’ai expliqué, le contexte international et national a tellement évolué qu’il nous faut absolument revoir le mode de fonctionnement actuel de la coopération et de la solidarité avec les pays du Sud. La démarche est donc non seulement louable mais surtout nécessaire. Cependant, la Fondation comme l’ensemble des participants seront extrêmement vigilants sur le texte et les orientations qui sortiront de ces assises et surtout sur leurs mises en application.

 

Retrouvez les propositions détaillées de la Fondation Nicolas Hulot 

 

 

 

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