« Cartographie de la transition carbone » : une boite à outil pour donner l’envie d‘une économie plus sobre

09/07/2013 - Interview
the shift project

 

Le think tank The Shift Project a publié l’étude « Cartographie de la transition carbone », dont l’objectif est d’aider à progresser vers une énergie "décarbonée". L’originalité de ce rapport : se baser sur les besoins fondamentaux des ménages et sur une approche territoriale. Questions à Hélène Le Teno, qui a réalisé cette étude.

Pourquoi ce rapport « Cartographie de la transition carbone » ?

The Shift project est un Think tank créée en 2010 par l’ingénieur Jean-Marc Jancovici. Notre ambition est d’aider à progresser vers une économie "décarbonée", en s’adressant avant tout aux décideurs publics et au secteur financier. A travers cette publication, nous souhaitons les éclairer sur le sujet de la transition carbone avec des éléments les plus concrets possibles. Notre objectif : donner envie de s’engager dans la voie d‘une économie moins dépendante des énergies fossiles et génératrice d’externalités négatives, dit autrement aller vers une économie sobre, notamment en carbone. Pour cela, nous proposons une sorte de boîte à outils : des idées d’actions permettant de mettre en œuvre la transition concrètement, à travers des moyens financiers, des solutions de gouvernance ou des formes juridiques adaptées.

« Transition carbone » : que mettez-vous derrière ce terme ?

Il est vrai qu’on entend aujourd’hui davantage parler de transition énergétique ou écologique que de transition carbone.  Nous avons eu à cœur de lier deux enjeux : la dépendance aux ressources énergétiques et le changement climatique. La transition carbone ne se rapporte pas simplement au bouquet énergétique : il s’agit d’une modification profonde de notre société motivée par une prise en compte du monde fini (en matière de disponibilité des ressources, notamment des énergies fossiles, mais le terme « fini » peut aussi désigner la stabilité de notre machine climatique si on ne fait rien). Au-delà des concepts, cette finitude commence à prendre une forme très concrète : les dépenses énergétiques des ménages vont grandissantes (chauffage, électricité, carburants), notamment pour les plus précaires où ces dépenses contraintes atteignent près de 70% des dépenses totales.

Que contient ce rapport ?

L’étude commence par définir ce qu’est la transition carbone puis, pour renforcer la pertinence d’un tel projet de société, nous présentons un panorama des croyances et des comportements des Français. Par exemple, concernant l’emploi, nous démontrons qu’une société post-carbone serait finalement davantage créatrice d’emplois que le modèle actuel car l’énergie fossile est une énergie extrêmement concentrée, créée à partir de résidus de biomasse au long de l’histoire géologique et nécessitant peu de bras pour être produite. Substituer progressivement nos usages d’énergies fossiles par d’autres énergies, notamment renouvelables, demanderait une quantité de main d’œuvre supplémentaire par kWh produit car ces énergies sont moins concentrées. La transition est donc bénéfique en ce sens pour l’emploi.

Vous proposez un éventail d’actions en partant en premier lieu de la consommation finale des ménages. Pourquoi cet angle d’approche ?  

La transition carbone doit être un projet collectif, un projet de société. Elle doit être souhaitée par les citoyens et les ménages. C’est pourquoi l’étude part de leurs besoins fondamentaux : se nourrir, se loger, se déplacer. Ces fonctions vitales constituent une part majeure et croissante des dépenses des ménages et une part significative de leur dépendance énergétique. Ce rapport propose un éventail d’actions pour « décarboner » ces volets de la consommation, tout en préservant le pouvoir d’achat.

Quelques exemples d’outils pour activer la transition ?

Nous proposons 20 fiches d’actions très variées, certaines toutes petites et d’autres de grande ampleur. Par exemple, concernant le poste alimentation, nous développons l’idée de favoriser l’efficacité énergétique des exploitations agricoles ou encore d’augmenter fortement la production de légumineuses qui permettent, en stockant davantage d’azote dans les sols, de limiter la consommation d’engrais chimiques. A chaque fois, nous avons chiffré toutes une série d’indicateurs comme le nombre de tonnes d’équivalent CO2 évitées chaque année (1 800 000 teqCO2/an pour la production de légumineuses par exemple), le cout d’investissements, le nombre d’emplois pérennes créés… Des arguments "désirables" et parlants pour les investisseurs,  les porteurs de projets, les citoyens.   

Autre point très important du rapport, le choix de penser la transition en premier lieu à l’échelle des territoires…

La transition carbone est un projet « désirable », qui améliorera le bien-être de tous et permettra de préserver les ressources. Il faut maintenant en convaincre les politiques, les collectivités, les financeurs, les citoyens… Ils seront d’autant plus convaincus par la transition si on leur parle pouvoir d’achat et emplois sur leur territoire.

L’étude a été volontairement focalisée sur des territoires productifs en énergie et en ressources et se réfère à des travaux financés par la Commission européenne qui envisagent, dès 2020, une ré-augmentation de la proportion d’emplois physiques dans les franges urbaines et dans les territoires vraiment ruraux. Concrètement, cela peut être des emplois dans la filière bois, dans la valorisation des matières secondaires et des déchets, dans la maintenance et l’entretien d’installations d’énergies renouvelables… Le volume de ces emplois reste à ce stade très discuté, mais l’intérêt de les stimuler, de créer des compétences et de donner une image positive des territoires pour accroitre leur attractivité nous paraît fondamental.

A qui au final adressez-vous ce rapport ? Qu’en attendez-vous ?

The Shit Project prévoit de diffuser ces résultats entre autres aux institutions financières nationales et multilatérales (européennes et banques de développement notamment) ainsi qu’aux décideurs publics national et local exerçant des responsabilités sur les enjeux de développement économique et de l’aménagement des territoires.  Mais tout le monde peut consulter le détail de la Cartographie sur notre site. Car la transition est un projet collectif et positif pour tous. Elle demande que chacun comprenne les enjeux, y trouve son intérêt et en ressente de la satisfaction.

 

 

 

© - Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme