Culture, valeur, modes de vie - Enjeux

« Nous devons réintroduire dans la société un sens profond du but de l'existence. La tristesse qui règne dans tant de vies devrait nous apprendre que la réussite seule ne suffit pas. La réussite matérielle nous a apporté une étrange banqueroute spirituelle et morale ». Tim Jackson

« La société de consommation a privilégié l'avoir au détriment de l'être ». Jacques Delors

Notre mode de vie, celui de l’occident, n’est universalisable ni dans l’espace, ni dans le temps. La terre ne supportera neuf milliards d’habitants que si nous opérons une modification de notre rapport à la nature mais aussi et surtout une profonde révision de nos valeurs.

Le progrès de la connaissance, la science et la technique, prendra sa part dans la sortie de l’impasse mais il faudra choisir d’autres modes de vie et d’organisation sociale, économique et culturelle sans quoi la prolifération de nos désirs, augmentant à l’infini, se heurtera au mur de la réalité physique.

Si réduire le standard matériel de nos économies est une nécessité écologique, c’est aussi une exigence sociale et culturelle. Une exigence spirituelle. La « révolution écologique » est une révolution proprement humaine. Dématérialiser notre culture, nos valeurs et nos modes de vie est une réponse à la quête de sens, au rejet de l’absurde et de l’automaticité que manifeste, par exemple, l’émergence de l’écopsychologie. Les pionniers de l’écologie, Ivan Illich en tête, n’ont cessé de démontrer que nous pourrions vivre beaucoup mieux en vivant et en pensant autrement.

Certaines actions sont réalisables dès aujourd’hui. Et politiquement faisables : nous savons qu’une baisse de la consommation d’énergie et de matière est possible sans pour autant perdre ni en confort ni en niveau de vie. Ces actions passent à travers l’indispensable lutte contre les gaspillages comme, par exemple, la suppression des veilles superflues sur les technologies, l'utilisation de moteurs électriques à vitesse variable, l'asservissement de l’éclairage à la présence ou encore la lutte contre l’obsolescence programmée.

L’autre levier est celui de la réduction des inégalités, véritable frein au développement des modes de production et de consommation alternatives. Inégalités qui, par ailleurs, stimulent la frustration et l’envie, la rivalité et la concurrence. Ces ressors psychologiques de la société moderne, mis en lumière par l’économiste Thorstein Veblen, aboutissent à la course en avant vers la consommation ostentatoire et le gaspillage des biens et du temps de tous.

L’écologie nous apprend que le monde est un territoire de complexité relationnel. Rivalité et concurrence ne sont pas un mode durable de relations entre les hommes ; pas plus que l’utilitarisme et la maîtrise n’est durable entre l’homme et son environnement.

Les futurs possibles devront également s’inspirer des initiatives récentes, des transformations actuelles et de l’étude des résiliences locales. La Fondation Nicolas Hulot, présente sur le terrain depuis plus de 20 ans, est le lieu qui pourra permettre cet exercice. Soutenir ces expériences, identifier des leviers, faire sauter les freins au changement, autant de laboratoires citoyens pour inspirer un mouvement de démarches ascendantes. Certaines sont déjà bien connues, c’est le cas des alternatives « slow » ou du mouvement des villes en transition.

Les manières de vivre ensemble et d'habiter l’espace se sont profondément modifiées au court du temps. Le travail, qui a longtemps organisé nos modes de vie et déterminé nos lieux de résidence, se délite comme lien social. Les évolutions  de la société française, l’allongement de la durée de vie, l’accroissement du temps libre, la place des loisirs, le rétrécissement des distances à travers la mobilité accrue, la transformation de l’espace et la révolution numérique, montrent bien que rien n’est véritablement figé. Même les comportements collectifs les plus enracinés évoluent et se déplacent.

La poursuite de notre histoire doit passer par un temps de réflexion et de prise de hauteur. Pour aboutir à des modes de vie plus sobres, nous devons nous reposer sur les valeurs que l’écologie diffuse. Plus largement, la réflexion doit s’ouvrir sur la « nature » comme sujet de droit et comme partie prenante à la table du contrat social, voire comme détenteur d’une « valeur intrinsèque ».




© - Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme