Echanges agricoles, environnement et solidarité

En janvier 2011, la Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme a organisé une réunion débat du comité de veille écologique sur le thème « Echanges agricoles, environnement et solidarité ». Le cahier « Veille et propositions » n°3 reprend les échanges du débat entre Michel Griffon, Marc Dufumier et Tancrède Voituriez, qui a été animé par Pierre-Henri Gouyon. 

Un milliard d’êtres humains souffrent toujours de la faim. Pourtant, la production alimentaire suffirait largement à assurer une alimentation décente à tous mais certaines populations sont dans l’impossibilité économique d’avoir accès aux ressources alimentaires. Dès lors, de nombreuses questions se posent quant à l’articulation entre libre-échange, sécurité alimentaire et environnement. Quelles sont les conséquences sociales et environnementales du libre-échange ? Comment refonder les échanges des produits agricoles pour plus de solidarité ? 

L’agriculture et le commerce international

Intervenant : Michel Griffon, directeur régional adjoint de l’Agence internationale de recherche.

  • Le contexte mondial

Certaines régions du globe, comme l’Asie, bénéficient de peu de terres agricoles disponibles. Le problème alimentaire ne peut dès lors s’y résoudre qu’en important de la nourriture. Dans le même temps, d’autres régions comme l’Amérique Latine sont excédentaires. De plus, dans les années à venir, les changements climatiques pourraient encore changer la donne entre pays exportateurs et importateurs. 

  • Quels enjeux en terme de sécurité alimentaire ? 

Un constat : face à la raréfaction des denrées alimentaires, chaque état a tendance à rendre ses frontières moins perméables au flux de matières premières, ce qui a un impact direct sur les prix. Tous les pays importateurs savent donc qu’ils ne peuvent plus compter exclusivement sur le marché international pour satisfaire les besoins en cas de pénurie.  

  • Comment encadrer les échanges internationaux pour éviter un tel scénario ? 

Il convient de fixer comme objectif la sécurité alimentaire des pays et régions déficitaires et de limiter la volatilité des prix. De plus, il est normal de protéger les agricultures les plus faibles, notamment en Afrique Subsaharienne ou en Amérique Centrale.

Comment nourrir la planète ?

Intervenant : Marc Dufumier, agronome, professeur d’agriculture comparée à AgroParisTech

  • Les principes agronomiques à la base du raisonnement 

Pour nourrir modestement, mais correctement un humain, il convient de produire 200 kilos de céréales par habitant et par an. Or la production mondiale est aujourd'hui de 330 kilos annuels par habitant. Pourquoi des personnes n’ont-elles donc pas accès à ces 130 kilos supplémentaires ?

  • Lever les obstacles à la mise en œuvre d’une agriculture moderne, écologiquement intensive et respectueuse de l’environnement

Nous bénéficions de toutes les ressources nécessaires pour pratiquer une agriculture durable, il nous faut donc revoir complètement notre copie. Il s’agit pour nos politiques d’être plus raisonnables en prenant en compte les externalités négatives ou positives de nos modes d’agriculture et d‘alimentation. L’un des moyens les plus efficaces d’y parvenir est de les intégrer dans les coûts de production et les recettes par le biais de taxes ou de subventions.

La régulation du commerce mondial

Intervenant : Tancrède Voituriez, économiste au Cirad.

  • L’objectif de l’OMC : libéraliser le commerce

L’accord de l’OMC repose sur une certitude : la meilleure politique commerciale d’un pays, quelles que soient ses préoccupations environnementales et sociales, est le libre-échange. Sa mission est donc d’éviter la triche ou toute forme de protectionnisme déguisée. 

  • Les grands principes du départ, non respectés aujourd’hui : 

Selon l’OMC, un pays devrait être autorisé à interdire ou restreindre les importations pour préserver l’environnement ou la santé humaine. Or, l’Europe et les Américains se sont distingués en portant plainte contre la Chine qui souhaitait limiter les exportations de produits très consommateurs d’énergie à des fins environnementales. 

Conclusion : l’OMC ne peut être accablée quand la faute repose sur la mauvaise volonté délibérée de certains états. Il ne sera pas possible de réguler le commerce tant que nous ne serons pas capables de parvenir à des accords sur le climat ou la biodiversité.

© - Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme