Production, consommation, technologie - Enjeux

Les Trente glorieuses ont marqué l’entrée des pays dits développés dans la société de production et de consommation de masse. Au cours des dernières décennies, les pays dits émergents se sont engagés sur la même voie, considérée comme le chemin à suivre vers la fin de la rareté et la fête de l’abondance.
Dans le même temps, les volumes de matière et d’énergie consommées n’ont cessé d’augmenter : c’est le moteur de la machine. Ce qui semblait être un progrès inexorable vers la société d’abondance, l’éradication de la misère et de la pauvreté, s’est retourné sur lui-même : les matières premières ne sont pas présentes en quantité infinie et leur surexploitation a des répercutions irréversibles sur la biosphère.
Le phénomène est d’autant plus inextricable que la survie de l’économie basée sur la croissance dépend de la consommation. La culture du consumérisme est transmise par les institutions, les médias, les normes sociales qui encouragent les gens à s’exprimer et à rechercher une identité, un sens à leur vie à travers les biens matériels. Pour ne pas que la machine économique s’effondre, notre société continue de produire toujours plus de désirs tout en répondant de moins en moins aux besoins.

Réinventer une politique de la consommation et de la production responsable

Pour sortir de ce cercle vicieux, il faudra bien sûr que réorienter le fonctionnement de l’économie au niveau global au moyen des outils fiscaux et réglementaire notamment, mais aussi que dans réinventer dans chaque secteur de l’économie d’autres formes de production et de consommation. Déjà, à travers le monde, la société civile, les entreprises et les pouvoirs publics innovent et tentent d’autres directions :

Les approches biomimétiques. Elles proposent des systèmes économiques qui prennent exemple sur le vivant. Ces modèles, telle l'économie circulaire, constatent la fin de l'économie linéaire, productrice de déchets domestiques et industriels, puisant dans des réserves finies. Ces techniques apportent des solutions concrètes et certaines grandes entreprises et institutions y ont déjà recours.

Le développement de l’économie de la fonctionnalité. La location, pratiquée depuis longtemps pour les livres à travers les bibliothèques, et qui se développent avec le vélo dans les grandes villes, pourrait parfaitement s’étendre à d’autres biens de consommation, les voitures, les jouets, les outils de jardinage, de bricolage etc. Plus généralement, c’est à un renversement de nos business models qu’il faut œuvrer.

La mise en place de labels de qualité et d’efficacité ; des régulations plus sévères de la publicité, en particulier sur les voies publiques ; l’encouragement de l’autoproduction etc.

Quelle place pour l’innovation et la technologie ?

Alors qu’une grande partie du débat public tourne, en France, autour de la ré-industrialisation, il est certain que cette dernière devra, notamment, reposer sur l’innovation scientifique et technique pour limiter les tensions écologiques. Les technologies seront nécessaires mais ne peuvent constituer la solution unique. Si nous ne revenons pas sur l’impératif de croissance continue, elles ne pourront que limiter à la marge l’augmentation de la consommation d’énergie et du gaspillage de ressources.

En parallèle, il s’agit de renouveler notre vision de l’innovation, de la technologie. Elle ne doit pas nécessairement être fortement capitalistique. Nombre de secteurs, de techniques dans lesquelles il faudra investir, innover sont aujourd’hui perçus comme archaïques alors qu’ils nécessitent des innovations importantes et de grands savoirs faire. C’est, par exemple, le cas des techniques de cultures agroécologiques à comparer à l’agriculture industrielle mécanisée et fortement consommatrice de ressources naturelles.
L’innovation concerne également l’innovation sociale et organisationnelle. Il existe dans la société actuelle les germes d’une économie différente dans les entreprises sociales ou locales fondées sur le collectifs : projets énergétiques communautaires, marchés agricoles locaux, AMAP, clubs sportifs, bibliothèques, centre de santé et de remise en forme, services locaux de réparation et d’entretien, ateliers d’artisanat, centre d’écriture, activités musicales ou théâtrales. Autant d’activités qui contribuent positivement au lien social en étant potentiellement « légères » en ressources.

© - Fondation Nicolas Hulot pour la Nature et l'Homme