"La transition énergétique ne pourra passer à côté des enjeux de mobilité"

21/03/2013 - Tribune - Alain Grandjean
alain grandjean

Alain Grandjean est membre du Conseil économique pour le développement durable, Président du comité d’experts du Conseil national du débat sur la Transition Énergétique et membre du Conseil scientifique de la Fondation Nicolas Hulot. Il réagit dans la Newsletter du Véhicule Électrique aux enjeux de la mobilité durable. 

« Les énergies fossiles représentent aujourd’hui 67 % de l’énergie finale consommée en France et les transports consomment près de la moitié de cette énergie (44%). Ils sont assurés à 92% par du pétrole. Le premier enjeu de la transition énergétique est de réduire cette consommation. Elle est en effet source d’émissions de gaz à effet de serre qu’il nous faut diviser par 4 d’ici 2050, de déficit commercial puisque nous importons 98% du pétrole que nous consommons, de coût pour les usagers et les acteurs économiques dans un contexte de hausse croissante de prix du baril. Enfin dans le cas du diesel et pour les véhicules insuffisamment équipés, c’est une source de pollution de l’air aux conséquences sanitaires préoccupantes.

Cette réduction doit se faire tout en permettant autant que possible l’accès à la mobilité, synonyme de socialisation, de liberté d’accès au travail, aux services publics et privés, et bien sûr aux loisirs.

À l’évidence, l’équation n’est pas facile et passe par de multiples solutions complémentaires. Un urbanisme et un aménagement du territoire progressivement moins dépendants de la voiture individuelle. Plus de transports en commun (par fer ou par car) quand c’est économiquement justifié (ce qui suppose des trafics suffisants). Plus de partage des voitures individuelles : rappelons que le taux d’occupation moyen des voitures en France est de 1,3 pour la mobilité quotidienne ; passer à 1,6 équivaut à des économies de carburant de près de 20%. Des voitures aux consommations plus basses et, pour les pays dont l’électricité est suffisamment décarbonée, ce qui est le cas en France, des voitures électriques dans les cas et pour les usages où elle est économiquement justifiée.

Concernant le transport de marchandises, la route reste bien souvent le mode de transport dominant. Ceci à la fois en raison de son coût à ce jour moindre (tant que le coût des externalités liées notamment à la dépendance pétrolière et aux émissions de gaz à effet de serre n’est pas pris en compte) mais également en raison du maillage très fin du territoire par le réseau routier, et du besoin d’atteindre le point de destination final par un transport qui ne peut pas toujours être massifié.

La transition vers un fret moins intense en énergies et moins émissif nécessite donc un ensemble diversifié de solutions, adaptées à chaque territoire et aux réalités économiques des flux de marchandises concernés. Parmi ces solutions, certaines sont connues : report modal, massification, optimisation des chargements, efficience des engins de traction par exemple. D’autres méritent d’être encouragées, à la fois en permettant des terrains d’expérimentation, mais aussi par des signaux réglementaires ou fiscaux lisibles et prévisibles.

Ainsi dans le domaine de la logistique urbaine, et en raison des contraintes propres aux villes et à leurs noyaux denses – notamment les questions de qualité de l’air, les solutions de mobilité électrique peuvent trouver leur place. Les expérimentations de zones « à faibles émissions polluantes », les dispositifs de soutien à l’investissement dans des flottes de véhicules plus sobres, les Certificats d’Economie d’Energie « transport » sont autant d’outils à disposition de la puissance publique et pouvant être mis en œuvre à ces différents niveaux. Il faudra bien entendu s’assurer de la cohérence entre le développement des solutions de mobilité retenues et l’évolution du mix de production électrique, pour assurer une réelle « décarbonation » du secteur des transports.

Si la vision d’ensemble et une politique publique adaptée sont nécessaires à la transition vers les mobilités de demain, elle ne pourra se faire sans l’envie d’innover et l’énergie des acteurs économiques. L’action collective telle que celle du réseau d’acteurs regroupés au sein de l’Avere-France est indispensable pour tracer un chemin qui nous permettra de sécuriser notre avenir économique.  »

Propos recueillis par Jean Patrick Teyssaire pour la Newsletter du Véhicule Électrique du 19 Mars 2013 / Collaboration Planète-Verte - Avere-France

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