[Tribune] Verdir les mots ou changer de vision économique, par Thierry Libaert

18/09/2013 - Tribune - Thierry Libaert
conference environnementale thierry libaert

À quelques jours de la conférence environnementale, Thierry Libaert, Conseiller au Comité Economique et Social Européen et membre du conseil scientifique de la Fondation, revient sur le réel objectif de ce genre de rencontre. Une tribune parue sur Les Echos.fr.

La France traverse une crise grave, ce dont les acteurs de l’écologie sont conscients. Leur vision diffère toutefois de celle de bien des économistes pour qui la crise est avant tout économique ou financière.

Cela doit tenir à nos approches de l’écologie basées sur la notion d’écosystème ; pour nous, la crise est systémique et tout se tient : le pillage des ressources naturelles, le recul de la biodiversité, le dérèglement climatique conditionnent nos modèles économiques de demain.

Ces problèmes, qu’ils soient économiques, sociaux ou environnementaux, existent au plan mondial, mais le constat que nous faisons est accablant : plus la France s’enfonce dans la crise et plus elle s’écarte d’une réelle stratégie de développement durable.

Alors qu’à l’automne 2008, après la crise des subprimes, puis au printemps 2010 après la crise de l’euro, chacun s’accordait sur le constat de l’échec du modèle économique libéral et sur l’idée que l’économie ne pouvait redémarrer que sur des bases saines, aujourd’hui, les politiques de développement durable sont au plus bas.

Certes, la France n’est pas seule dans ce cas, certes l’opinion publique s’en désintéresse trop souvent, certes des urgences géopolitiques peuvent en masquer l’importance. Mais répétons-le, le développement durable n’est pas réductible à la protection de l’environnement, et tout retard pris à son égard se paiera inéluctablement. Rappelons-le, il n’y a pas d’alternative à la durabilité.

L’activité économique ne peut se concevoir que dans un espace où les ressources sont gérées équitablement dans le respect des limites écologiques de notre planète et des besoins des générations futures, et tout retard pris se paiera inévitablement beaucoup plus cher.

Un travail sur les mots à défaut d'un travail sur les actes

Or, nous observons un grand travail sur les mots à défaut d’un travail sur les actes. Au Grenelle de l’environnement succède la conférence environnementale et au développement durable succède la transition écologique. Aujourd’hui, les pistes d’une refondation de l’économie sur des bases écologiques sont visibles. Elles ont pour nom économie de fonctionnalité, circulaire, collaborative, elles luttent contre l’obsolescence programmée et le règne du jetable, elles plaident pour une évolution de notre fiscalité vers une incitation aux comportements économiques neutres en carbone.

À quelques jours de la prochaine conférence environnementale et pour que les discussions puissent déboucher vers de réels progrès, quelques fondamentaux doivent être respectés :

• Éviter d’abord de percevoir chaque sujet environnemental sous l’angle dominant de la compétitivité industrielle de court terme,

• Accepter le fait qu’aucune solution écologique n’est parfaite, et ne pas prendre prétexte de doute ou d’imperfection pour la repousser,

• Ne pas concevoir chaque solution sous un angle étroit, mais dans le cadre d’un processus. À titre d’exemple, l’économie circulaire ne peut faire l’impasse sur les paramètres de la durée de vie des produits. Il n’est plus possible de considérer ce qui sort du tuyau sans considérer ce qui y entre. À défaut, l’économie circulaire ne sera qu’une économie qui tournera en rond,

• Toute solution écologique s’inscrit dans un contexte économique et financier. Crédits bancaires et fiscalité doivent se situer en accompagnement des projets alors qu’aujourd’hui, ils s’y opposent trop fréquemment.

En 1969, le chef du gouvernement Jacques Chaban-Delmas avait demandé à un haut fonctionnaire, Louis Armand, de bien vouloir lui soumettre "un programme d’action propre à assurer une plus grande maîtrise de l’environnement".

Remis en 1970, ce rapport comportait un programme de cent mesures dont la grande majorité reste toujours d’actualité. S’il est toujours intéressant pour les acteurs de l’écologie de se retrouver à discuter autour du gouvernement, il est toutefois plus efficace d’appliquer les décisions prises.

 

En savoir plus :

Notre page consacrée à la conférence environnementale

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